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Journal de Lady Aster Jeanne

Publié le : 26 novembre 2008 à 20:46 par jbacon (Site web lien externe)
Catégorie : Nouvelles / Essais

Journal intime de Lady Aster Jeanne


Vendredi 13 Octobre 1967


18H15 : Toujours ce silence ... Atmosphère immobile, infranchissable. Je m'ennuie, seule assise sur cette chaise de bois souple. Je couds. Je n'ai pas grand chose à faire, Pascal, mon mari, étant parti depuis une dizaine d'années. Je pleure certaine nuits en pensant à lui. J'ai deux fils, Boris et Andy. Ils ne sont jamais disponibles. Dormant tout le jour, ils sont gardiens de nuit dans un hôtel. Et moi, je reste seule pendant des journées entières. Les seuls dialogues encore existant entre moi et eux sont les « bonsoir », « à plus tard » et les « au revoir. ». J'ai beau être triste, solitaire et abandonnée, personne n'a l'air de le remarquer. Je devrais refaire ma vie, et avoir un mari, me dites-vous ? Nada ! A mon âge, l'espoir d'en trouver un est minime et trop fatiguant. J'ai tout de même 56 ans. Mon mari s'est éteint il y a douze ans et trois mois. A cette époque, mes enfants me disaient que j'étais stricte, mal aimable et plutôt associable. Je travaillais toujours en tant que directrice d'agence commerciale et économique. J'étais si avare bien que, gagnant pas mal d'argent, et si hautaine que je ne m'occupais pas de mes enfants comme je l'aurais dû. C'est peut-être pour ça que désormais, ils sont si loin de moi....? Maintenant je suis retraitée, et je touche pas mal d'argent. Mais je sens et je le sais, j'ai changé. Cela fait déjà trois ans que je suis devenue aphasique, après avoir eu un accident de voiture, qui a littéralement ralenti mes capacités cérébrales. Cela m'a fait un grand choc lorsque j'ai essayé, à mon réveil, alors qu'on me l'avait demandé, d'écrire les circonstances de l'accident. C'était sans succès, je n'arrivais plus à enregistrer cet ensemble de lettres qui défilaient sous mes yeux.


Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, j'ai 56 ans. Je ne sais pas, pour l'instant, que je vais recevoir le cadeau le plus empoisonné de la part de mes fils.

« Bonsoir, m'man !

Tiens, mes fils arrivent ! Ils vont sûrement partir au travail. Je leur dis bonsoir.

- Nous avons besoin de te parler !

Ah bon ? Ils veulent me parler ? Depuis combien de temps ne l'ont-ils pas fait ?

- Nous avons décidé de t'offrir un voyage à San Diego, étant donné que tu en as besoin à ton âge !

Un voyage ? Ils veulent donc se débarrasser de moi ? Je réfléchis ... Et s'il ne m'aimait plus ...? Et si ils avaient envie de me savoir loin d'eux ...? Et si ....J'arrêtais là les « et si » ! Ne pas paniquer ! Non, ils veulent sûrement que je sois un peu tranquille, loin de tous ce bruit, dehors, et de cette circulation. Il est vrai que la ville est quelque chose de compliqué, et de dur à assumer, et il faut vraiment y être habitué. Vous allez me dire que je devrais être habituée, depuis le temps que j'y vis, mais je ne supporte plus tout ce bruit. Quelque chose de bizarre a changé en moi, depuis que je suis devenue aphasique. Quelque chose qui n'a rien à voir, une sorte de sixième sens qui me fait plus ressentir ce que je vis. Je hoche la tête, ils poursuivent :

- Tu pars ce soir à vingt deux heures trente !

Déjà ? Ils auraient pu m'en parler, et puis, mes affaires ne sont pas prêtes ! Ce n'est pas quelque chose qui se fait à sa mère, surtout à une femme de mon âge ! Pourtant, ils n'ont pas l'air de s'en préoccuper !

- On t'emmène à l'aéroport dans deux heures trente. »

Je hoche de nouveau la tête. Je ne sais plus vraiment quoi penser ...Tout passe si vite dans ma tête. Ils me laissent là, je m'affale sur ma chaise. Je suis à demi consciente. Je sais que dans quelques heures, je quitterai le pays, loin de tout ce que j'ai connu jusqu'à lors, pour m'aventurer dans des territoires, une vie inconnus.


20H45 : C'est l'heure, mes fils m'ont fait grimper dans la voiture, et nous partons à l'aéroport. Je stresse, je devrais normalement être accompagnée de deux hommes. En tout cas, c'est ce que mes deux fils m'ont informée. Ces deux hommes seraient là pour assurer mon voyage et tacher à ce qu'il n'arrive rien. Mais ils restent des inconnus, et une angoisse certaine me tenaille l'estomac.


22H20 : Nous sommes arrivés à l'aéroport depuis moins de cinq minutes. Mes deux fils me disent au revoir, me laissant après avoir signé des papiers, à ces deux hommes « gardes du corps » qui viennent d'arriver. Ils sont très inquiétants ...Oui, par rapport à leur visage blanc, leur yeux rouges vifs de fatigue, des lunettes noires posées sur le haut de la tête. Leurs costumes noirs n'arrangent rien, et leurs regards font froid dans le dos.

Tous deux me pressent et nous montons dans l'avion. Les deux hommes s'assoient dans le compartiment des classes ECO. Moi, je suis en première. J'ouvre mon petit sac à main, car j'ai chaud, afin de me servir de mon brumisateur. Tombe alors un lecteur CD portable, avec des écouteurs. Étonné, je le prends. Jamais je ne n'écoute ce genre d'appareil ... Qu'est-ce que cette mise en scène ?!! Le baladeur semble me regarder, espérant tellement fort que je suis sûre de le ressentir. Quelle chose étrange, il semble attendre que je mette les écouteurs aux oreilles, et mette en marche l'appareil. Tremblante, d'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi ( peut-être est-ce ça, l'intuition féminine ? ), je les prends, les enfile et actionne le bouton « marche ». Une voix sourde déchire mes tympans, car je n'y suis pas habituée. Je sens alors mon coeur s'arrêter, en entendant :


« Bonjour, maman. C'est Boris et Andy. Nous avons un message important à te faire passer... Peut-être ne t'en remettras-tu pas, et même certainement nous en voudra-tu terriblement, mais il est important que tu saches à quoi t'attendre ... Depuis le début, nous te mentons ... Nous ne travaillons pas ! Nous jouons chaque nuit au casino. Nous remportions toujours beaucoup d'argent, mais ce que tu ne sais pas aussi, c'est que l'argent que nous misions, nous la prenions sur ton compte ! Mais au moment où nous t'envoyons ce message, nous avons tout perdu. Ce fut la fin ... Pour alors rembourser cette dette trop importante, nous avons dû malheureusement marchander avec deux types louches. Et pour récupérer un peu d'argent, nous avons été obligés d'en arriver au pire ...

Mon fils dont j'avais reconnu la voix, Boris, s'arrêta quelques secondes, puis, d'une voix éteinte, il prononça les mots fatales :

... Nous t'avons vendue »


Que ... Quoi ...? Je ... Je ne peux pas y croire ... Ils doivent sûrement s'attendre à ce que je tombe dans leur blague idiote ...? J'ai soudain des sueurs froides. Non ... Mes fils ne sont pas du genre à faire cela, ils sont trop sérieux ... Mais alors ...? Soudain, je commence à avoir un brusque mal de tête. Je me sens au bord du malaise. Je commence à voir flou. Je pense que ma vie est arrivée à sa fin ...J'ai l'impression de la voir défiler devant moi. Une hôtesse de l'air passe avec un chariot, et me propose un thé, que j'accepte sans regarder. Je le bois vivement, renversant la plupart sur ma robe. Des gens autour de moi me regardent bizarrement, l'air de me prendre pour une angoissée des plus totales. Je vais mourir dans le drame de ma vie ...


Mais peu à peu, la vue me revient. Je reprends le dessus. Je suis sûre qu'il y a toujours un moyen de s'en sortir, et d'affronter mes peurs. Mais si je n'y arrive pas ....Que m'attend-il dehors ? Je me lève, histoire d'aller aux toilettes. La raison principale est plus terrifiante, plus inquiétante encore. Je sors de la première classe, je traverse une partie de la classe ECO. J'arrive auprès des toilettes. Je regarde les deux hommes qui m'accompagnent. Ils regardent autre part. Il faut que je trouve un moyen de sortir de l'avion. Je regarde un peu partout. Là, je vois la porte de l'avion grande ouverte. Je me dirige précipitamment vers elle. Mon Dieu ! Trop tard ! Je vois les portes se refermer. Je hurle de me laisser sortir, j'implore une hôtesse de l'air qui passe devant moi. Celle-ci me prend le bras doucement et m'intime de me calmer, en m'expliquant qu'il ne risquait rien d'arriver, et que c'était souvent comme ça, les gens étaient régulièrement pris d'angoisse lorsqu'ils entraient dans un avion. Mais cela n'avait rien à voir ... Ce n'était pas ça ... Et elle serait complice de ce qu'il allait m'arriver. Oui, je sais, je me mettais à penser comme une vraie paranoïaque, mais la peur était telle que je ne pouvais la supporter. L'avion commence à avancer. Je suis piégée. Je regarde les deux hommes, et croise leurs regards. Ils ont l'air de me sourire étrangement, de leurs dents noirâtres et écartées. Je me précipite dans mon compartiment, me réfugie à ma place. J'agite mes deux mains. Quelque chose de douloureux circule dans mon sang. Serait-ce ce thé que j'ai bu, il y a quelques minutes ? Et puis soudain, le noir, l'obscurité.


Samedi 14 Octobre 1967


13H21 : Je me réveille enfin. J'ai très mal à la tête ! Je regarde un peu partout. Tiens, je suis dans ma chambre ? Si ce n'est pas le cas, alors, elle y ressemble vraiment. Le lit identique et de même couleur, les murs de papier peints rouges et aux contours jaune orangé, ainsi que mes magnifiques meubles de bois de Versailles, qui m'avaient coûté à l'époque les yeux de la tête. Mais non ... Ce n'est pas possible ... Ce n'est pas elle ... C'est un piège ! Oh ! Je me fais encore des idées ! C'est bien ma chambre, j'ai dû rêver ! Je sens la chaleur revenir en moi. Oui, j'ai rêvé ! Je me sens vraiment rassurée. Je me lève, afin d'aller voir mes fils. Ils ne sont sûrement pas levé. Je tourne la poignée ... J'entends un bruit sourd, mais la porte ne cède pas. C'est fermé ! Je suis enfermée ! Que se passe t-il ? Je ... Alors.... Ce n'était pas un rêve ?!?

Je me rassieds lourdement sur mon lit. Je pense aux idées bien lugubres qui hanteraient n'importe quel condamné. Oui, condamné, c'est le mot qui me décrivait en ce moment ... Condamnée sûrement à vivre un terrible supplice ... Quoi autrement ? Soudain, la serrure émet un cliquetis, et la porte s'ouvre. Serait-ce ...? Je me lève, pleine d'espoir. Déception et peur ! Un homme, à l'air blafard, borgne, le visage tailladé de cicatrices entre dans la pièce. Il me prend par les cheveux et me traîne derrière lui. Je n'ai pas le temps de comprendre ce qu'il se passe, je hurle, lui ordonne de me lâcher. Il rit, dans un rictus parfait. Il me mène à la cave, me semble t-il. Du moins, à la vue des étages que nous descendons, ce ne peut être que cela. Il ouvre la porte, s'avance dans la salle, et s'arrête en plein milieu. Devant moi, une dizaine de vieilles femmes ...Une tonne de légumes. L'homme me dit :

« Au boulot ! Je crois que tu vas passer une fin de vie très tranquille ! »

Je ne dis rien, ne ressens plus rien. J'ai compris, et reste quelques instants sur place. Je regarde devant moi, dans le vide. Si j'avais su que mon métier allait complètement changé mon comportement envers mes enfants, je l'aurais abandonné, et peut-être aurais-je été seule maîtresse de mon destin.


Lundi 24 Septembre 1987


14H01 : Je n'y crois pas ... ou du moins, j'ai du mal à y croire. Cela fait déjà vingt ans que j'ai été emmenée dans cette résidence plus que lugubre, et où j'ai été esclave de tyrans sans coeur et très cruels. Je ne sais si un jour, j'arriverais à me remettre de ces blessures qui pendant toutes ces années m'ont déchirée l'âme. J'ai l'impression de n'être plus qu'une pièce de vie vraiment très abîmée, et qui se balade au jour, ne pouvant se cacher, obligée de vivre la réalité en face. Mais si aujourd'hui, j'ai réussi à ré-écrire dans ce journal, c'est que c'est un jour exceptionnel. Du moins, en quelque sorte. En effet, nous avons été miraculeusement libérées, moi et mes camarades de torture, par mes deux fils. Aujourd'hui ils sont âgés de quarante trois et quarante cinq ans. Tant d'années passées, cela me fait un choc d'apprendre leur âge. Mais bizarrement, je sens que je m'en fiche, que je n'éprouve plus les sentiments qui m'animaient encore un peu envers eux, il y a de cela vingt ans.

S'apercevant de la bêtise qu'ils avaient faite, et réussissant à dominer une espèce de courage qui était tout autant dominé par la lâcheté, ils ont dénoncé au gouvernement cet esclavagisme sadique et sans scrupules. Ils ont tout de même attendu vingt années, autant d'années où je voyais chaque mois des femmes mourir horriblement devant mes yeux, qui se faisaient déchirer le ventre, vider, saigner, certaines pendues à des cordes, d'autres fusillées, et encore d'autres se faisaient décapiter avec démence. Longtemps, j'ai cru que j'allais y passer. Ils nous disaient que si nous travaillions bien, et que nous servions bien, il ne nous arriverait jamais rien. J'ai toujours fait de mon mieux, je suis toujours allée jusqu'au bout. Une fois, j'ai failli me faire tuer par ma maladresse envers un des bourreau. J'avais renversé un sac de sable sur ses pieds. Celui-ci, de rage, m'avait envoyée à terre, d'une gifle surprenante et vraiment violente. Ce fut un siècle de misère, de malheur, de terreur, de sang, de cruauté, d'errance et de mort.

Regrettant profondément leur bêtise, Boris et Andy ont pourtant été emmenés tous deux à la Cour d'Assises, où ils ont été jugés et envoyés en prison pour dix ans. De toute manière, après ce j'ai subi à cause d'eux, je n'éprouve aucune pitié. Si vous pensez que dans mon coeur, ces deux hommes désormais inconnus pour moi sont encore mes fils ... Et bien, n'y pensez plus, désormais ! Je suis seule, et devenue l'âme errante de la souffrance et de la mort !

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Avatar de Valentin

Valentin

Le 04 janvier 2009 à 12:57

Quelques longueurs d'écriture qui ralentissent ton histoire et c'est dommage mais tu as choisi un thème qui n'est pas facile à traiter.
Globalement, tu t'en es bien tiré.
Remonter au texte | #1093

Avatar de jbacon

jbacon

Le 07 janvier 2009 à 17:24

Merci beaucoup ! Je travaille l'écriture depuis 3 ans maintenant ! J'ai commencé à écrire de petites rédactions ( poèmes, nouvelles, chansons, contes...) à l'âge de 12 ans. J'ai 15 ans et depuis Juillet 2008, je suis en pleine rédaction d'une trilogie fantastique nommée " La Magie des Mondes ". Cette nouvelle, je l'ai écrite entre-temps lorsque j'ai entendu mon professeur de français parler de femmes qui se faisaient vendre par leur mari à des hommes riches ou à des associations particulièrement louches. Alors, une idée soudaine a germé dans ma tête : Le fait qu'une femme se fasse vendre par ses enfants pourrait donner une pointe d'originalité dans une nouvelle dont je commençait déjà à imaginer l'histoire ! Et " le journal de Lady Aster Jeanne " est apparut sur des pages auparavant vierges ( ^^ ).
Voilà l'histoire ! Sinon, je vous salue et vous souhaites entre autre une très bonne année et mes meilleures voeux ! ;)
Remonter au texte | #1095


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