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Jules (Partie 1)

Publié le : 25 février 2009 à 08:41 par Constance (Site web lien externe)
Catégorie : Nouvelles / Essais

Jules est un solitaire. Après une carrière passée à enseigner la littérature à des étudiants incultes, il savoure avec délectation la tranquillité de sa vie de retraité et mène enfin l'existence si paisible dont il rêvait tant depuis toutes ces années. Plus d'agitation autour de lui, plus de cris d'élèves indisciplinés. Il a quitté l'enseignement sans aucun regret car il avait fini par prendre en horreur l'agitation des amphithéâtres surpeuplés dans lesquels il donnait ses cours. Jules aime le silence, il en a besoin pour réfléchir.

Depuis deux ans qu'il est à la retraite, il ne sort quasiment jamais. Pourquoi le ferait-il puisqu'il a chez lui tout ce dont il peut avoir besoin ?


Chaque matin à 8H30, Zoe sa gouvernante, lui ramène son journal et ses courses quotidiennes. Elle est l'unique visite qu'il tolère et encore, il est heureux quand après lui avoir préparé son déjeuner et avoir astiqué son appartement, elle s'éclipse enfin. C'est qu'elle est bavarde Zoe, beaucoup trop pour lui. Elle éprouve toujours le besoin de lui raconter les derniers cancans du quartier et Jules, les potins, il s'en moque éperdument. Stoïquement, il la laisse déverser son flôt de paroles pendant qu'elle lui sert son café puis il file s'enfermer dans son bureau dont il s'empresse de fermer la porte à clé pour qu'elle ne vienne pas le déranger. C'est ici qu'il se sent le mieux, installé confortablement dans son vieux fauteuil et entouré de tous ses livres.

Il n'autorise personne à entrer dans son antre, ce lieu est à lui. Il faut dire que c'est la seule pièce de son appartement qu'il ait réellement investie. Il y a entreposé tous les ouvrages acquis au cours de sa carrière de professeur. Rangés méticuleusement par ordre alphabétique dans des vitrines les protégeant de la poussière et de l'altération du temps, Jules les contemple avec adoration. Il y tient comme à la prunelle de ses yeux, certaines de ces publications sont des éditions datant de plusieurs siècles, de véritables pièces de collection qu'il conserve amoureusement.


Aujourd'hui, Jules est inquiet. Il attend l'arrivée d'une étrangère et cette idée le met mal à l'aise. Une étrangère pas tout à fait en réalité puisqu'il s'agit de la fille d'un ancien compagnon de régiment. Le seul avec qui il soit resté en contact depuis plus de quarante ans. Quand ce dernier lui a téléphoné pour lui demander d'héberger, une semaine, sa fille de passage à Paris, Jules n'a pas osé lui refuser ce service, il le regrette à présent. Il sait que cela va l'obliger à changer ses habitudes et il n'aime pas ça.

Il se souvient vaguement l'avoir déjà rencontrée lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant turbulente et espiègle et il se rassure en se disant qu'elle a quand même dû s'assagir en vieillissant mais il reste sur ses gardes.


Quel âge a-t'elle maintenant ? Peut-être vingt-cinq ou trente ans ? Plus ? Il l'ignore mais ce dont il est sûr, c'est que son appartement n'est pas conçu pour recevoir une femme. Il n'a même pas de chambre d'amis. Cela va l'obliger à lui prêter la sienne et lui devra s'installer dans son bureau. Que de chambardements pour une inconnue ! pense-t'il en rageant intérieurement.

Il aurait mieux fait de lui indiquer l'adresse d'un bon hôtel plutôt que d'accepter cette intrusion chez lui.


Il est tenté de rappeler son ami pour tout annuler puis se ravise. A l'heure qu'il est, sa visiteuse doit déjà être dans le train, il est trop tard pour lui faire faux bon. Tant pis, il va s'en accomoder mais pas question pour lui de lui servir de chaperon, il s'imagine mal, durant toute une semaine, devoir jouer les hôtes attentifs. Il lui offre déjà le gîte et le couvert, ce n'est pas rien ! Pour la conversation, elle n'aura qu'à se débrouiller avec Zoe. Cela devrait faire l'affaire et puis entre femmes, elles trouveront certainement de quoi s'occuper. Tout ce qu'il veut, c'est qu'elle ne vienne pas le déranger inutilement, il faudra qu'il pense à le lui faire savoir dès son arrivée. Qu'il n'y ait pas de malentendus et qu'elle comprenne que pour que tout se déroule bien entre eux, elle sera priée de se faire la plus discrète possible.

Allez, se répète-t-il, ce n'est qu'un mauvais moment à passer.

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